Question :

Est-il permis de porter des pantalons comme ceux que les mécréants portent, pendant la prière (Salâh) ? Car un frère utilise comme argument que les Compagnons portaient des pantalons arabes. Mais quand on lui demande la preuve, il n'en a pas.

Réponse de Abû Hârûn Muhammad ‘Abd in-Nûr :

Le port de ce qui est connu des savants aujourd'hui sous le nom de bintâl (بنطال), que l'on peut traduire par pantalons ou plus particulièrement par jeans, qui sont serrés, ont une fermeture éclair parmi leurs caractéristiques, décrivant ainsi les formes de la personne ainsi que la ‘awrah (les parties intimes) dans une certaine mesure, ce type de vêtements est interdit (harâm) aux muslims dans la prière comme en dehors de la prière, parce qu'ils font partie des vêtements propres aux mécréants, or il est interdit aux muslims d'imiter ces derniers, en raison de la parole du Prophète  : « Celui qui imite un peuple en fait partie. » [Rapporté par Ahmad avec une chaîne hasan, de Ibn ‘Umar رضي الله عنهما.]

Cheikh al-Albâni – qu'Allah lui fasse miséricorde – fut questionné :

Comment porter un pantalon (bintâl) est-il jugé ?

Il répondit :

Porter des pantalons présente deux problèmes :

Le premier est que c'est serré sur la ‘awrah, en particulier sur celui qui prie, et il n'est pas permis à l'homme de porter cela, sans parler de la femme.

Deuxièmement, cela fait partie des habits des mécréants, et il a été authentiquement rapporté du Prophète qu'il a dit : « ... Celui qui imite un peuple en fait partie », et on trouve dans Sahih Muslim qu'un homme est venu voir le Prophète et l'a salué, et le Prophète lui a dit : « Ceci fait partie des habits des mécréants, alors ne le porte pas. »

Fatâwà al-imârât, 3

Cheikh Sâlih al-Fawzân – qu'Allah le préserve – fut questionné :

Est-il permis de porter un pantalon (bintâl) dans la prière ?

Il répondit :

Les vêtements qui décrivent la structure et les membres, il n'est pas permis aux hommes ni aux femmes de les porter.
Muntaqâ min fatâwâ (3/308-309)

On posa la même question au Cheikh ‘Abd al-Muhsin al-‘Abbâd, qui répondit :

C'est similaire à celui qui porte de la soie, sa prière est valide mais il est pécheur pour avoir porter de la soie.
Enregistré par des étudiants qui ont rendu visite au cheikh en personne.

Quant à celui qui dit : Les Compagnons – rađiyallâhu ‘anhum – portaient des pantalons arabes, alors on leur pose deux questions :

  1. Quelles sont les caractéristiques de ce que vous appelez pantalons arabes ? Est-ce comme les pantalons des mécréants (bintâl) qui décrivent la ‘awrah ?! Ou est-ce quelque chose de différent ?
  2. Les Compagnons – rađiyallâhu ‘anhum – portaient-ils ce que vous appelez pantalons arabes lors de la prière sans rien porter au-dessus, ou le portaient-ils sous d'autres vêtements ?

Ce qui apparaît, c'est que le frère parle de ce que l'on appelle le sarâwîl (سراويل) [beaucoup disent sirwâl][1]. Ses caractéristiques sont que cela couvre du nombril aux genoux ou même en-dessous, et que c'est très ample et ne décrit pas la ‘awrah, et ils n'ont pas non plus de fermeture éclair ou de zone pour ceinture comme ceux des mécréants. Ce sont des distinctions claires entre le bintâl qui est propre aux mécréants et le sarâwîl qui fait partie des habits des Muslims.

Le port du sarâwîl tout seul (sans rien au dessus) est considéré makrûh (détestable) par les gens de science, comme c'est le madhhab de l'Imâm Mâlik ; il a dit :

Je déteste le port du sarâwîl dans la prière.
An-Nawâdir (1/201)

Abû Hanîfah a dit :

Le vêtement qui est détesté (dans la prière) est le sarâwîl seul.
Badâ'i’ asanâ'i’ (1/151)

L'Imâm ach-Châfi’i a dit :

Le izâr (pagne) couvre mieux et je le préfère.
Al-Umm (1/181)

Et on ne connaît aucun compagnon qui ait porté des sarâwîls seuls sans un autre vêtement par dessus ! Ni en prière ni en dehors.

Informations supplémentaires :

  • Celui qui fait le Hajj peut porter un sarâwîl s'il ne trouve pas de izâr, comme cela est rapporté par al-Bukhâri (1841) et Muslim (1178), toutefois Cheikh al-Islâm ibn Taymiyyah dit : « S'il peut se servir du sarâwîl comme d'un izâr en l'ouvrant, il ne lui est pas permis de le porter sous la forme du sarâwîl. » [Charh ‘Umdah, Livre du Hajj].

    [NdT : ici il y a une phrase que je ne comprends pas, qui semble être : Mais il n'a pas été rapporté qu'un des Compagnons ou des Tâbi’is ait porté le sarâwîl seul].

  • Il a été rapporté par ibn Mâjah de Suwayd b. Qays que le Prophète a acheté un sarâwîl. C'est authentifié par al-Albâni et al-Wâdi’i – rahimahum Allâh –. Ibn al-Qayyim mentionne dans Zad al-Ma’âd que le Prophète a acheté un sarâwîl mais qu'il n'a pas été confirmé qu'il l'a porté ou non, car le fait qu'il l'ait acheté n'implique pas qu'il l'ait porté, peut-être que c'était juste un cadeau pour quelqu'un d'autre, et dans le cas où il l'aurait porté, il l'aurait porté sous son habit, comme un tissu couvrant supplémentaire.

Allâh ‘azza wa jalla est plus savant.
والحمد لله رب العلمين


  1. [1] NdT : J'ai remplacé dans la traduction « sirwâl » par « sarâwîl » car Abû Taymiyyah Khalîl al-Martinîki a dit : « Mieux vaut employer les termes employés par les arabes, car sirwal n'est pas un mot d'arabe littéraire mais de darijah, le vrai mot c'est sarâwîl, qui à la base est un mot perse (à la forme du pluriel) mais que le messager d'Allah [] employa comme cela fut rapporté [dans] les deux sahîhs dans le livre du hajj : ... » (sounni.com)
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